Pourquoi les hôpitaux publics peinent à recruter et fidéliser les médecins ?

18 décembre 2019 | Annonces médicales

L’hôpital public connaît une pénurie de médecins depuis quelques années et pour celui à la recherche d’un emploi de médecin, cette opportunité n’est pas à négliger. Cependant, avant d’envisager une carrière dans l’hôpital public il convient de comprendre pourquoi cette pénurie existe, et s’attendre à exercer son métier de façon stimulante mais difficile.

Des hôpitaux publics peu attractifs

L’hôpital va mal, et au nombre de ses maux se trouvent deux phénomènes distincts mais connexes : les hôpitaux publics peinent d’une part, à recruter des médecins, mais également d’autre part, à fidéliser ceux qui sont recrutés. Autrement dit, non seulement les hôpitaux n’attirent pas les médecins, mais en plus ils semblent les faire partir !

Toutes les spécialités concernées

Les urgences sont la spécialité la plus concernée, ou en tout cas la plus mise en lumière médiatiquement. Il est vrai que le domaine connaît depuis quelques années une véritable crise qui ne fait que s’accentuer. Voir des urgences saturées est malheureusement devenu un fait habituel. En cause ? Certainement un manque de prévention avec des patients venant pour des situations qui ne relèvent pas de l’urgence, mais aussi et surtout un manque de médecins urgentistes. Le Palmarès annuel des hôpitaux fait état de 800 postes vacants dans les urgences en 2019 sur tout le territoire.

Cependant les autres spécialités souffrent également, même si certaines plus que d’autres. C’est 27,4 % des postes à temps plein en milieu hospitalier qui sont vacants. Pour le temps partiel c’est encore plus délicat avec quasiment un poste sur deux non pourvu. La médecine, et en particulier la médecine du travail, font partie des disciplines les plus touchées avec la psychiatrie, la radiologie et la chirurgie.

Des conditions de travail difficiles

Les conditions de travail difficiles semblent être la première cause de pénurie dans les hôpitaux publics. Cela résulte d’abord de la politique étatique qui impose des économies de budget drastiques. En 2018, c’est 960 millions d’économies qu’il a fallu faire, 663 en 2019. Les praticiens affirment manquer de temps, d’argent et de matériel.

Mais ces conditions difficiles sont aussi engendrées par la pénurie elle-même : en effet les médecins sur place se retrouvent avec une charge de travail plus grande, avec des services épuisants pouvant aller jusqu’à 12 heures. De quoi dissuader de potentielles recrues, et de quoi même faire partir les médecins en place. Un cercle vicieux dangereux !

Un salaire peu avantageux par rapport au privé ?

Le salaire est bien souvent le nerf de la guerre. Le salaire dans les hôpitaux publics est jugé insuffisant en contrepartie des conditions de travail difficiles, et surtout, il semble souffrir de la comparaison avec le privé. Il faut cependant nuancer le propos car il existe le privé à but lucratif et le privé à but non lucratif. Comme une étude de la DREES (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) le montre, le salaire des médecins dans le public est plus élevé que dans le privé à but lucratif, mais reste cependant inférieur au privé à but non lucratif. Pour les autres spécialités en revanche, le public est moins avantageux que le privé, ce qui explique encore une fois la difficulté à recruter. Ici donc, l’argument du salaire est donc à nuancer, et dépend à la fois du point de comparaison et de la spécialité.

Le problème du numerus clausus

Enfin, l’hôpital public paye également une politique menée depuis 30 ans sur la limitation due au numerus clausus, affirme la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Le numerus clausus implique une limitation du nombre de médecins sur le territoire français, et donc une réduction également des candidats potentiels. Ici il faut bien comprendre le problème n’est pas ponctuel et lié à une conjoncture, mais bien structurel. À son origine, au début des années 1970, le numerus clausus avait vocation à limiter la grande affluence d’étudiants en médecine afin de pouvoir leur assurer un stage en milieu hospitalier. Le concours a ensuite été de plus en plus sélectif pour réduire encore le nombre d’étudiants, cette fois pour des raisons économiques. On pensait en effet que moins de praticiens induiraient moins de dépenses.

Le recours à l’intérim : une fausse solution

Pour pallier le problème dans l’urgence, les hôpitaux n’ont d’autre choix que de recruter des remplaçants au prix fort, étant donné que c’est la loi de l’offre et la demande qui prime. La pénurie et les solutions ad hoc pour la gérer ont donc un coût : même si cette pratique est dénoncée, le fait est qu’un médecin remplaçant peut facturer 1 000 à 3 000 euros la journée. À échelle nationale, l’intérim coûte 5,5 millions par an (chiffres de 2018), plombant encore leur budget.
Un cercle vicieux se retrouve également avec l’intérim qui n’est définitivement pas une solution à long terme. En effet cette solution finit par peser sur le budget et encore une fois, ce sont les conditions de travail qui en pâtissent.

L’image des hôpitaux publics en cause ?

Finalement, surtout lorsque l’on considère que certains problèmes comme celui du salaire sont à relativiser, on peut se demander si l’hôpital public ne souffre pas également de sa propre image, ternie par les difficultés, et qui dissuade les médecins d’y travailler.

Quelques pistes de réflexion

On ne peut encore parler de solutions, mais il faut savoir que des pistes sont envisagées, par exemple la suppression du numerus clausus, même si la vocation première de cette suppression serait plutôt de supprimer les déserts médicaux. Toutefois on peut douter de l’efficacité d’une telle mesure : davantage de médecins sur le marché ne signifie pas une garantie de l’hôpital de les capter.

Les deux autres voies sont réglementaires et financières : réglementaire parce qu’on peut penser que l’on devrait donner plus d’autonomie et de souplesse aux établissements pour leur faciliter la tâche dans leurs recrutements, surtout ceux des petites villes qui sont souvent les plus en difficulté. La réponse financière quant à elle permettrait de valoriser les salaires et de donner plus de moyens aux médecins afin qu’ils puissent exercer leur métier dans de bonnes conditions.

En tout cas, il semble que seule une politique volontariste soit en mesure de solutionner ce qui est l’un des grands enjeux actuels de l’hôpital public.

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